10 décembre 2010
Jus de lumière !
27 avril 2010
Penser ce qui nous arrive !
Complexe mais pas impossible
Cela fait des jours que je scrute l’actualité de l’Eglise et des affaires de pédophilie en ayant pour seul objectif de comprendre, de penser, ce qui arrive, là, à l’Eglise catholique et à ce qui nous arrive à nous, fils d’homme.
La tâche, je l’avoue, est rude et dépasse, je l’avoue également, mes capacité, mes possibilités du moment. Je ne suis ni théologien, ni expert en quoi que ce soit : ni sociologue, ni psychanalyste, ni historien, ni journaliste spécialisé … non plus écrivain pour rassembler en quelques mots bien taillés tous les débris éparpillés à nos pieds quand le scandale vient à se briser sur notre terre. Simple baptisé qui entend sourdre en lui le désir d’une Eglise renouvelée. Tant d’éclats jonchent aujourd’hui le sol … sans compter ceux que nous ne retrouvons jamais sur le moment, dissimulés dans le coin sous le buffet de l’arrière grand-mère ou derrière les lustres d’une Eglise trop dorée. Quel labeur de redonner du sens à tout cela ! Tessons insignifiants …
La tâche est rude. D’une part pour trouver un minimum d’objectivité : pour lâcher prise sur un certain nombre d’apriori, de partis pris, de rancœurs, de fantasmes, pour me libérer du plus lourd de ma subjectivité alors que l’Eglise touche à ce que l’homme a de plus cher : sa foi, la confiance en l’homme, en la parole ! D’autres part parce que le sujet est complexe ; sac de nœuds passé à la machine (qui laverait plus blanc que blanc). Le Renoueur n’a pas fini de se pencher sur l’ouvrage !
Complexe parce que ces histoires de pédophilie nous font remonter au siècle dernier et que nous n’avons pas fini d’analyser le XXème siècle ; un siècle qui est passé à toute vitesse et qui n’a pas été tendre avec les hommes ; parce que ces affaires éclatent un peu partout dans le monde, là où était implantée l’Eglise. Nous avons donc un champ de travail immense dans le temps et dans l’espace pour nous qui avons un champ de vision si étroit !
Complexe parce que viennent se greffer– non par mauvaiseté mais parce qu’elles se sont intriquées au fil des décennies (comme deux métaux liés l’un à l’autre au fils des ans)- un certain nombre de rancœurs, rancunes, d’incompréhensions, de désirs frustrés, d’espoirs trompés, de rejets et parfois de réels comptes à régler. Il y a un réel effet de boomerang dans cette énième crise qu’il faut entendre et distinguer, passer au crible. Et sans doute faudrait-il mettre les affaires de pédophilie de côté mais ce n’est pas à dire aussi simple qu’à faire.
Complexe parce que s’il n’y a pas plus de prêtres que de pères de famille pédophiles, l’Eglise catholique est une institution et qu’à ce titre ce n’est pas la même problématique. Elle a, en des temps et des lieux, parfois de manière endémique, couvert, laissé faire, des hommes, ses institutions, qui commettaient des actes violents, des abus sexuels et qui au plus profond de l’homme pervertissaient la parole. Qu’elle le reconnaisse dans sa juste proportion et nous pourrons avancer ensemble.
Complexe parce que l’Eglise a mis un voile sur ces affaires « pour le bien de l’Eglise universelle », que les dossiers se sont accumulés sur les bureaux du Vatican, que plus on monte dans la hiérarchie plus on a eu des dossiers entre les mains, et qu’ils ressortent aujourd’hui au compte goutte impliquant d’ailleurs plus le sommet que la base de la pyramide.
Complexe parce qu’il y a sans doute une part de travers, de déformation médiatique, peut-être tout simplement d’incompétence, une part de manipulation, d’intérêts économiques. C’est à prendre en considération sans envisager un complot. Un certain nombre de personnes ne voient pas d’un mauvais œil l’affaiblissement de l’Eglise catholique.
Complexe parce que nous avons très peu d’études, de chiffres, pour nous aider à estimer et comprendre le problème. Les chiffres : chacun a les siens et les articule à d’autres statistiques pour en tirer les conséquences les plus favorables à ses aprioris. Les derniers qui m’ont fait sourire : 90% des pédophiles sont des homosexuels [chiffre sorti pour accusé les prêtres homosexuels et les homosexuels en général- largement ordonnés paraît-il dans les années 60/70] et 90% des pédophiles sont des hommes mariés [chiffre donné pour déculpabiliser les prêtres de l’Eglise catholique et renvoyer le problème dans le cadre des familles]. N’étant pas très doué pour les chiffres et ne leur faisant pas confiance et ne faisant surtout pas confiance aux pseudo-sociologues qui confondent les statistiques et une réflexion sociologique, je préfère me dépatouiller dans le flot des lettres.
Complexe mais pas impossible à déchiffrer (oui les lettres se déchiffrent mieux que les nombres eux-mêmes…) car au fil des jours, avec un peu de recul et de travail, se dégage tout de même une lueur de vérité. Des études, des articles, des réflexions construites, se font jour et permettent d’espérer (comme cela s’est fait, pour une part, en France) que l’Eglise saura avancer, retrouver ses fondamentaux soufflés dans les Ecritures. Espérons par delà ces affaires qu’elle saura retrouver (elle, la grande Eglise, le peuple en marche et en vie) la vigueur nécessaire à notre monde et à notre temps, malgré un Vatican et tous ses grands personnages manquant cruellement d’inspiration pour demain ou plombés par le pouvoir. Patience pour nous …Allons travailler.
Oser s’interroger …
Il ne s’agit pas ici de prendre parti, de choisir un camp contre un autre, de déverser sa haine ou sa rancœur ou au contraire de défendre à tout prix cette mère l’Eglise. Il s’agit de penser, peser, soupeser, une nouvelle fois, ce qui nous arrive, ce qui s’est passé, ce qui se passe. PENSER. Penser pour, en ce qui me concerne, ne pas perdre foi, envisager un avenir, une manière de vivre sur le substrat des Ecritures, une manière de vivre une fraternité la plus simple qui soit !
Le débat en France a très vite tourné autour du célibat des prêtres. Les uns estimant qu’il existe un lien plus ou moins étroit, plus ou moins symbolique entre le célibat et ces affaires de pédophilie. Les autres défendant un choix de vie qui leur convient, qu’ils assument pleinement et riches de ce qu’un tel choix permet de donner et de recevoir : un choix de vie qu’ils peuvent questionner mais loin, très loin de ces affaires de pédophilie. Ils se sentent atteints, suspectés à cause d’actes commis loin d’eux dans le temps ou dans l’espace. Les uns, les autres … et nous revoilà repartis dans une confrontation, nous revoilà devant une fracture ouverte qui n’a pas finit de faire gémir, qui n’a pas finit de nous diviser.
L’amalgame entre le célibat et la prêtrise, comme toute généralisation abusive, est une insulte faite aux prêtres. Utiliser ces affaires de pédophilie pour régler ses comptes avec l’Eglise, pour régler son compte à tout pouvoir religieux, est tout sauf instructif et éducatif. Mais que l’Eglise, ou certains membres de son Clergé, n’évitent pas le débat, la contradiction, le questionnement, l’étude, par peur de cet amalgame, de la suspicion, du mensonge, ou pire sous prétexte de vouloir vivre tranquillement dans sa paroisse, de pouvoir développer en toute tranquillité, sans le moindre accrocs, leur pastorale, de pouvoir vivre entre Catholiques sans trop être importunité par des soi-disant mal-pensants, dissidents, rancuniers … Que l’Eglise et tout ceux qui la composent sachent écouter et entendre ceux qui s’interrogent avec justesse et humilité. Je ne crois pas que nous soyons dans une campagne contre Benoît VXI, contre l’Eglise catholique, contre les prêtres … Le coup de la médiatisation diabolique, de la victimisation, ne marchera pas. Nous sommes dans un constat simple qu’il faut accepter et comprendre : l’Eglise a foiré, une nouvelle fois certes, mais elle a foiré !
La pédophilie s’ancre dans la structure profonde d’un sujet que le célibat imposé ou non ne vient pas modifier. Hors donc de cet amalgame alimenté par quelques bouffeurs de curés, nous pouvons tout de même nous interroger sur un lien qui ne serait pas psycho-pathologique mais systémique, structurel. C’est je crois ce qu’a voulu exprimer Hans Kung, et bien d’autres personnes, dans sa lettre ouverte pour l’abandon de cette « mesure disciplinaire » imposée qu’est le célibat, d’autant plus qu’elle cristallise, symptomatise, toutes les crispations de l’Eglise catholique sur la sexualité. Ceci dit je me range du côté d’un certain nombre de prêtres qui ne trouve pas pertinentes les objections de Hans Kung. Il est dommageable qu’il utilise les affaires de pédophilie pour argumenter ce qui lui tient à cœur, ce qu’il défend depuis des décennies, et qui est discutable à juste titre et plus que jamais pour les raisons qu’il évoque : le célibat des prêtres.
Il n’y a bien évidemment aucun lien de cause à effet entre le célibat et la pédophilie. Faut-il pour autant clore le sujet, s’abstenir de toutes interrogations ? Le « Circulez, y’a plus rien à voir » du Clergé est assez énervant. Que les prêtres défendent leur choix, pourquoi pas … mais pas à tout prix, pas au prix d’un déni, pas au prix d’un nouveau silence.
« L’Eglise fait totalement fausse route si elle ne comprend pas que la pratique continue d’abus sexuels a forcément un lien avec sa vision biaisée de la sexualité ». Cette phrase extraite d’un article de journal est-elle mensongère, elle-même biaisée, ou bien est-elle un constat qu’il faut comprendre et accepter ?
Qu’est-ce qu’un lien systémique, structurel ? Pourquoi le célibat poserait-il alors problème? Il faut d’autres objections que celles avancées par Hans Kung.
Ou l’on regarde le problème des prêtres pédophiles comme le problème causé par une petite minorité d’hommes. Il suffirait alors de régler ce problème tout en gardant le cap général et tout ira pour le mieux à l’avenir. Ou nous regardons ces abus sexuels et les scandales qui s’en suivent comme un symptôme de quelque chose d’insupportable et de beaucoup plus vaste aujourd’hui dans l’Eglise catholique, notamment son discours sur la sexualité qui ne se tient pas et qui ne tient surtout pas les hommes si fragiles que nous sommes. Deux manières de voir !
Pas de cause à effet mais sans doute des liens qu’il faut prendre en considération :
Un public jeune cible des pédophiles
Un certain nombre de pédophiles ont trouvé dans la prêtrise, un lieu, une place sociale, une impunité, une couverture …
Une autorité jointe à une immunité
Imposer le célibat à l’entrée du séminaire, imposer le célibat à une classe d’hommes c’est mécaniquement instaurer à la base un tri, une attirance ou une répulsion, qui multiplie les risques d’abus sexuels à l’intérieur de l’institution. Un tri centré sur la sexualité et ses questionnements alors qu’il y aurait bien d’autres désirs à questionner, à laisser éclore …
Un discours biaisé, des hommes biaisés
Un lien entre éphébophilie et hébéphilie de certains prêtres et une immaturité affective assez massive dans le Clergé (60% du Clergé américain serait considéré comme sexuellement immature) due à un environnement social exclusivement masculin et une structure hiérarchique de l’Eglise catholique qui cultive des comportements sociaux adolescents.
La présence d’une femme et d’enfants à l’intérieur d’une famille changerait probablement la problématique d’un homme ayant des pulsions pédophiles.
La charge, la pression du célibat, peut dans certains cas, permettre, faciliter des passages à l’acte.
Aucun de ces éléments ne permet de faire un lien entre célibat et pédophilie. Tout au plus ils exigent une vigilance particulière, une prise en compte avec une bien meilleure formation.
Ce sont des arguments qui ont été avancés, contredits, discutés. L’avenir nous en apprendra sans doute davantage. A mon humble avis le lien est beaucoup plus ténu mais on peut avancer quelques explications à cette spécificité catholique.
L’Eglise catholique au cœur de la tourmente … Pourquoi ?
Aucun lien de cause à effet mais un grand trouble dans l’Eglise catholique dont le célibat est la pierre angulaire.
Un discours sur la sexualité qui ne tient pas la route
Le pouvoir sans la justice
La hiérarchie
La clôture
Ces quatre éléments mis ensemble ont fait et feront encore des catastrophes !
Selon les pays, l’époque, les choses se sont passées différemment. C’est ainsi que je veux bien comprendre le désarroi de certains prêtres qui ne comprennent pas ce qui leur tombent sur la figure. Mais ils ne doivent pas non plus faire preuve de trop de naïveté.
Autrement dit ce n’est évidemment pas le célibat en tant que tel qui pervertit le désir sexuel d’un homme. Ce qui est en cause, il me semble, c’est le célibat à l’intérieur d’une structure qui conjoint les 4 éléments que j’ai fait ressortir. Mettez un célibataire dans une structure qui fonctionne correctement (un minimum), il sera équilibré et épanoui comme le sont aujourd’hui la majorité des prêtres en France.
La gangrène, c’est le discours, la vision biaisée sur la sexualité. Le célibat des prêtres et le discours sur la sexualité de l’Eglise conduisent à des mensonges.
De l’extérieur cela donne une perte de confiance et à partir de là tout est possible ou rien : fantasme, lynchage, indifférence. L’Eglise ne doit pas s’étonner de ce qui lui arrive même si c’est relativement injuste puisqu’indépendant de la question du célibat. Quoique le célibat est un peu, symboliquement, la pierre angulaire du système …
De l’intérieur, un discours mensonger, biaisé, peut, dans certaines conditions, avec d’autres éléments, conduire à des perversions, des passages à l’acte. Il y a des chemins de perfections qui conduisent en enfer.
Le « dessous des cartes » du jeu de l’humanité n’est jamais brillant et les prêtres sont très bien placés pour l’entendre et le savoir. Peut-être ont-ils cru pourvoir faire le ménage, changer l’homme, changer le dessous des cartes pour eux-mêmes et pour les autres ! Ce qui aurait dû rester tout amour et tout pardon, toute compassion, est devenu une rigidité monstrueuse, une belle hypocrisie. Ce qui est pardonnable (le fait que nous soyons tous pécheurs !) est devenue insupportable et tous les Evangiles de long en large le répètent et nous mettent en garde : pas de ça, pas de ça, pas de ça ! Le dessous des cartes du Clergé n’est ni mieux, ni pire que le mien, que celui des footballeurs, que celui du reste de l’humanité : c’est plus que pardonnable (normal) mais qu’il sorte de l’hypocrisie !
Reste des éléments importants à souligner :
- Les « petits séminaires » ont certainement une lourde responsabilité dans les scandales qui éclatent aujourd’hui.
- Le pouvoir sans justice : le Clergé s’est longtemps cru impuni …
- La clôture des institutions et la culture du secret sur tout ce qui pourrait nuire à l’Eglise
- Dénégation : le problème ? La manière dont l’Eglise catholique a géré et gère encore ces abus. Refus d’admettre l’existence de pédophiles dans l’Eglise et mutation d’une paroisse à l’autre.
- La hiérarchie plus prompte à défroquer les mal-pensants que les abuseurs pour la défense de la doctrine, de la belle image
- Repli sur les reflexes d’auto-défense institutionnels.
- Le seuil du tolérable qui évolue dans le temps et dans la société
Et l’Eglise en France ?
L’Eglise a eu cette position de « toute puissance » en France il y a quelques décennies et cette position a favorisé dans des congrégations, des paroisses, des mouvements toutes les déviances sexuelles, les violences morales et physiques. L’Eglise en France en a depuis plusieurs décennies finie avec cette Eglise majoritaire toute-puissante et avec ces institutions, pensionnats, complètement clos et hors de toute loi ! Le véritable problème était là. Reste aujourd’hui quelques cas exceptionnels que l’Eglise n’aura aucun mal à traiter. Ce qui s’est passé en Irlande est révélateur de ce système qui s’est peu à peu installé dans les Etats et qui en Irlande compte tenu de son histoire a perduré jusque dans les années 90.
J’ai fait quelques colonies en tant que jeune, en tant qu’animateur, j’ai été maître d’Internat et j’ai pu sentir combien dans ces structures l’équilibre est fragile, qu’il ne faut pas grand-chose pour que tout dégénère. Il ne faut pas beaucoup d’imagination pour comprendre ce qui se passait dans les pensionnats, les internats, tenus, par des « pères », des « frères », dont la formation ne devait pas être fameuse, qui avaient tous les pouvoirs sans jamais rendre de compte.
Mais gardons en mémoire ces éléments, si demain l’Eglise devait une nouvelle fois se refermée sur elle-même pour d’autres raisons …
Des pères fracassés …
Nous sommes une drôle de génération : une génération du silence et de l’ombre, du « plus jamais ça » et pourtant nous portons en nous tous les traumatismes de la seconde partie du 20ième siècle, nous portons surtout les silences de nos pères, les silences des familles. Le temps passe vite, trop vite et nous avons sans doute tendance à croire que le 20ième est loin, très loin. Certes nous commémorons comme jamais … mais je crois que dans le même temps nous n’avons pas saisi grand-chose. Nous en faisons déjà une vieille histoire. Nous n’avons pas saisi, pour nous, concrètement aujourd’hui, que nous vivons encore dans les cendres et le sang, dans la ligne d’erre de la seconde guerre mondiale, de la guerre d’Algérie et celles d’ailleurs, dans la misère et les drames du 20ième siècle.
J’entendais il y a quelques jours François Léotard dans une émission de divertissement pour la promotion de son dernier livre La Nuit de Kahina. Quel rapport avec les réflexions du moment ? Ni ses déboires avec la justice, ni son année passée dans le monastère de La Pierre Qui Vire … Je ne connais pas son œuvre littéraire mais je trouve le regard de cet homme, né en 1942, sur le XXème siècle tout à fait intéressant … Sa parole est différente des autres. Sa parole parce que ses mots sortent du discours habituel. Une parole marquée par les drames du siècle dernier et qui nous poursuivent aujourd’hui, nous les fils et petits-fils de ces hommes. Une parole qui n’est pas dans la commémoration et le devoir de mémoire comme cela nous est donné aujourd’hui de rececoir. C’est un minimum mais cela nous coince, nous limite à du savoir alors qu’il faut aller beaucoup plus loin ou mieux : changer d’angle de vue.
Il s’agit d’entendre combien les violences du 20ième siècle, violences et traumatismes inouïes, sont encore présents en nous, dans nos histoires personnelles, dans nos sociétés … Les fils d’hier envoyés sur des champs de guerre sont revenus en hommes blessés, fracassés, et ayant encore et peut-être à jamais beaucoup de mal à en faire état même pour eux seuls.
Un grand silence entoure les affaires de pédophilie, un grand silence est venu également recouvrir toutes les sales guerres d’hier et d’avant-hier.
Il n’y a aucun rapprochement à faire entre ces « histoires ». J’ai encore beaucoup de mal à envisager tous ces éléments dans leur ensemble. Il y a simplement que ma génération, qui n’a paraît-il rien vécu (« et qu’une bonne guerre lui ferait du bien ») se coltine les « ombres errantes » de ses pères.
En écrivant ces mots, j’ai repensé à Sylvie Germain, écrivain né 1954. Une amie m’avait au lycée prêté Jours de colère. Je ne lui ai jamais rendu ce livre … Je comprends aujourd’hui pourquoi j’apprécie tant et l’œuvre et l’écriture de Sylvie Germain. Elle parvient sans doute à dire combien nous sommes, nous habitants du 3ième millénaire, immanquablement marqués par les tragédies d’hier, au niveau individuel, familial, sociétal.
Une belle Eglise
En abordant ce sujet ayant fréquenté depuis tout petit, prêtres, mouvements catholiques, je me devais pour finir de leur rendre justice. Catéchisme, Aumônerie, Scoutisme, Camps … j’ai toujours rencontré des hommes ancré dans les Evangiles, sincères, aimants, heureux, libres et jamais je n’ai soupçonné le moindre travers. Je les ai aimés et jamais aucun d’eux n’a usurpé le nom de père. Ils étaient tout au plus des frères en humanité qui ouvraient le chemin de la vie pour mieux nous y engager, nous en premier de cordée. Si des prêtres ont été irrités, malgré ma prudence, par mes propos, par des raccourcis blessants, je leur en demande pardon. Je souhaite simplement la vérité, une belle Eglise, ma colère ne vise même pas les hommes qui ont commis des abus sexuels mais ces structures qui ont permis à des hommes de sombrer et de sévir dans la nuit et qui ont détruit au nom de la charité chrétienne l’enfance d’hommes qui leur était confiée. Alors pas d’amalgame même pour des milliers de victimes en 60 ans mais une juste colère bien ciblée.
Jamais le consensus, pour l’ensemble des Catholiques avec le soutien d’un certain nombre d’évêques et de prêtres n’a été aussi large pour mettre sur la table la question du célibat des prêtres dans l’Eglise catholique. Ces affaires de pédophiles auront eu le bénéfice de délier les langues car tout en se défendant contre la pédophilie les prêtres, les théologiens, les évêques, ont avoué avec force et clarté les difficultés dans lesquelles ils sont, face au célibat, dans leur vie, dans leur responsabilité, tout en affirmant la perte de richesse qu’il implique dans l’Eglise.
Profondeur du Ciel et de la Terre !

Par delà ...

23 mars 2010
Année sacerdotale
Le scandale ce n’est pas la pédophilie ! C’est un grand malheur pour les victimes, les familles, mais ce n’est pas un scandale !
C’est une grande souffrance, un déchirement, pour un certain nombre de prêtres que de devoir vivre cachés leurs histoires d’amours. Une grande souffrance pour celles et ceux qui partagent la vie d’un certain nombre de prêtres ! Mais ce n’est pas scandaleux, pour eux qui ont choisi le célibat et qui n’ont pas fait vœux de chasteté !Allez faire une vie d’homme avec ça !
Qu’un moine découche de sa cellule pour rejoindre la ville et sa petite amie pendant des années n’a rien d’anormal. Tout esprit un minimum ouvert peut comprendre, accepter un tel cheminement et tant d’autres !
En France tout cela est encore bien tenu et maintenu dans un certain silence, voire dans l’indifférence pour une majorité de personnes qui ont laissé l’Eglise dans ses tourments sans réclamer leur solde, la quittant sans faire de bruit, sûrs que son propre poison lui règlera son compte.
Mais en Afrique, en Amérique du Sud ? Quand on sait comment l’Eglise s’est comportée aux Etats-Unis, en Australie, en Irlande, en Autriche, en Allemagne, au Pays-Bas et partout ailleurs … Le pire est à craindre mais le scandale n’est pas encore là …
Le scandale c’est le mensonge, le déni, l’hypocrisie ! Que les choses qui devaient arriver arrivent n’a rien d’extraordinaire … mais que l’Eglise et ses servants arrêtent leur baratin, arrêtent de nous bourrer le mou avec un discours qui non seulement ne tient pas la route pour les pauvres hommes que nous sommes mais encore qu’elle n’est, elle-même, pas capable de soutenir et vivre.
Epier la faute des autres est un exercice abjecte ! Mais qu’ils arrêtent avec leur morale, leur discours sur la sexualité, qu’ils arrêtent de raconter des fariboles en boîte de conserve, qu’ils arrêtent de se donner une si belle image. C’est insupportable et de moins en moins de personnes le supportent !
Pendant des années, la société, l’Eglise, ont toléré qu’un prêtre est une femme habitant sur une autre paroisse. Tout le monde y trouvait son compte. Hier il y avait des prêtres, assez de prêtres pour habiter de petites paroisses, et se permettre loin du Vatican de mettre un peu d’huile dans les engrenages pour que la vie puisse tout simplement circuler dans les villages, pour qu’il puisse humaniser un discours inhumain. Aujourd’hui ne reste que le discours …
On a décidé que ce n’était plus possible. L’Eglise a favorisé dés lors les déviances sexuelles. Il est sûr aussi que pendant des décennies, on a laissé faire … derrière les murs des écoles, des pensionnats, des cures, derrière les paupières, à la campagne comme dans les grandes villes. L’Eglise a le culte du mystère, du secret. Elle a eu le pouvoir et la respectabilité pour elle pendant des siècles. Elle s’est cru au dessus des lois humaines, bien à l’abri derrière ses forteresses qui s’écroulent aujourd’hui une par une et qu’elle tente de restaurer à bout de bras, à bout de souffle … Aujourd’hui ce n’est plus possible ! Mais que va-ton nous inventer, où le problème va-t-il se déplacer ?
Car si l’Eglise est dans l’obligation une nouvelle fois de faire acte de repentance, cela ne sera pas suffisant … Le temps du bricolage et des rénovations à la petite spatule est fini pour elle. Il est temps de retourner aux fondations, de retrouver des premières pierres plus saines !
Insupportable celle loi qui s’imposerait à un groupe d’hommes ou de femmes sur la sexualité ! C’est une aberration qui ne peut qu’engendrer mensonge et culpabilité ! Que chacun fasse ce qu’il peut avec son sexe et arrêtez les baratins qui ne tiennent pas la route !
Insupportable ce discours de l’Eglise sur la sexualité : une sexualité exclusivement modelé pour faire de petits chrétiens, pour faire croître le peuple chrétien ! Une sexualité modelée par la maîtrise, le contrôle des pulsions… une sexualité marquée par l’impureté, le mal ! C’est ne rien vouloir savoir de l’homme, c’est nier la dimension du désir. C’est imposer aux autres des fardeaux que l’on s’imposerait même pas à soi même !
Un discours imposé évidemment en premier lieu aux enfants, à des enfants qui par définition croient à la parole donnée. Allez grandir avec ça, atteignez une sexualité adulte, mûre, heureuse ! Qu’ils se taisent, qu’ils se taisent, pour le moins. Ce que certains prêtres ont choisi : ils sont tombés dans le silence sur cette question, pourtant essentielles il est vrai. Il faut des mots pour parler de la sexualité : dès les premières années de la vie, à l’adolescence évidemment, à l’âge adulte … mais ne racontez pas n’importe quoi !
Combien de jeunes hommes sont tentés par la prêtrise, plus ou moins consciemment, parce qu’ils croient qu’ils trouveront sur ce chemin des réponses à leurs questions sur leur sexualité, une paix de l’esprit et un repos du corps ! Quel beau mirage ! Combien resteront avec une sexualité immature, infantile, combien de pervers impuissants … car je doute sur la capacité et la volonté des Séminaires à prendre la question par le bon bout ! Tellement plus simple et efficace cette mainmise sur les esprits et les corps !
Vocation, ordination : il serait peut-être sage de ne plus chercher à tout prix de jeunes hommes qui auraient la vocation, des appelés ! Que cela signifie-t-il à 20 ans ? Tant hommes qui auraient pris quelques rides, qui aurait connu la paternité, l’épreuve d’élever des fils, qui se seraient un peu brûlés les ailes, durcis un peu la peau, pourraient prendre, pour un temps, la charge, le souci d’une communauté de croyants à taille humaine.
Que l’Eglise commence par des paroles très simples et fondamentales sur l’inceste – des paroles qui restent brûlantes - au lieu de foutre en l’air la vie de jeunes filles qui un jour se doivent d’avorter, ou tout simplement se doivent de prendre la pilule.
Prendre la question de la sexualité du côté de la répression c’est priver l’humanité des vraies questions, de ses relations, de ses responsabilités, de son rapport aux autres et à l’Autre. C’est rater un chemin de transcendance alors que l’Eglise radote tant à ce sujet !
Année 2009-2010 : « année sacerdotale ». C’est en effet la fête au curé ! Priez le curé d’Ars, ce saint homme tout dévoué à son Sacerdoce, à Sa paroisse, à sa Sacristie ! Priez celle belle icône, image du caractère sacré du ministère, homme sorti de son humanité, au dessus des hommes et des femmes …
Moi je prie pour les hommes et les femmes de ce temps pris dans cette drôle d’aventure. Je prie pour des prêtres libres d’aimer, de travailler, de se marier ou pas …
Le célibat n’est pas le problème ? Certes on peut être un père de famille, marié et pédophile … Mais cet argument est un peu court. Il balaye d’un revers de main le rapport de l’Eglise à la sexualité alors que le problème est bien là. Remettre en cause le célibat des prêtres est un symbole mais bien plus que cela. Aujourd’hui il voile et dévoile toute la question, il fige toute possibilité de réflexion, de mouvement, d’avenir.
Vouloir résoudre le problème en comptant sur la pénitence comme le propose aujourd’hui Benoît XVI est une voie sans issue. La prière ? Encore fut-elle bien articulée … Ce que ne crois pas. Le Vatican accusera une nouvelle fois le monde, la sécularisation, Vatican II : blablabla … Rien ne changera.
19 février 2010
Ryan et Murphy
Le rapport Ryan : « un catalogue hallucinant des victimes de violences physiques, sexuelles et morales perpétrées sur plus de 35000 victimes placés dans des institutions entre 1930 et la fin des années 1990 en Irlande »
Le rapport Murphy étudie, toujours en Irlande, les cas de 46 prêtres accusés de pédophilie sur 320 enfants à partir de 1975.
Un nouveau scandale après ceux qui ont éclaté aux Etats-Unis, aux Philippines, en Australie, en Allemagne … Le même pardon demandé à ces victimes de crimes abominables, d’actes exécrables.
Le 15 Février dernier, Benoît XVI convoquait les 24 évêques irlandais encore en place. Pour la première fois, un Etat et une Eglise, celle d’Irlande, se trouvaient face à son histoire, face à ses crimes, grâce au courage et à la détermination de quelques victimes qui n’ont pas lâché le morceau, grâce aussi à des délais de prescription qui ont rendu possible de telles investigations, impossible en France semble-t-il sur de telles durées.
Scandales, réunions, pardons, dédommagements, démissions et mises au placard et certes la volonté affichée de vouloir transformer les choses en profondeur. Tel semble être le déroulement du traitement de ces affaires. Je ne sais pas pourquoi mais je suis sceptique sur la réelle prise de conscience de l’Eglise sur ce qui la secoue là et sur les véritables leviers qu’il faudrait actionner. Encore une fois je crains que ce ne soit une vision de l’homme et de la vie qui soit en jeu, une vision du religieux et du divin … et l’Eglise est loin, très loin, d’ouvrir les yeux sur ces enjeux, arc-boutée qu’elle est sur ces questions.
Il est difficile d’en parler car il est difficile d’en apprécier la réalité des choses, tant le sujet demeure sous silence du côté des victimes et des coupables, comme du côté de ceux qui se sont engagés au célibat et à la chasteté. La pédophilie dans l’Eglise catholique ? Ni plus ni moins touchée que les autres Eglises, les autres milieux socioprofessionnels ? Aucune institution ne peut se vanter d’être à l’abri de tels agissements ! Faut-il en parler avec le risque de jeter le discrédit sur tous, avec le risque de passer pour celui qui attaque en employant les mauvaises armes, les coups tordus, celui qui déballe les affaires sales de la famille, avec le risque de poser les mauvaises questions, de jeter la confusion sur un sujet déjà très embrouillé ? D’ailleurs quel est le sujet ? La pédophilie, la sexualité, les perversions sexuelles, l’abstinence, la chasteté, la sexualité des religieux, celle prônée par l’Eglise pour tous … ? Est-ce l’Eglise qui recrute, attire, des pervers ? Est-ce l’Eglise qui révèle, qui pousse des hommes au passage à l’acte ? Est-ce que l’Eglise doit « faire avec » comme toutes les autres institutions ? Ne nous excusons pas à l’avance : c’est le discours de l’Eglise sur la sexualité qui est déjà embrouillé ou qui embrouille les choses. Il ne faut donc pas qu’elle s’étonne si on lui renvoie une certaine confusion !
Voilà un sacré chantier à creuser, avec force et prudence ! Affaire à suivre …
31 janvier 2010
Je l'aimais
Je l’aimais de Zabou Breitman (2009)
Avec Daniel Auteuil, Marie-Josée Croze, Florence Loiret Caille
D’après un roman d’Ana Gavalda
Encore une histoire d’amour, une histoire de couple, de conjoints trompés, pour dire la vie d’un homme dans toute sa complexité, en ombre et lumière, dans la difficulté de tracer sa route dans les méandres des passions humaines, dans le creux d’une vie bien rangée qu’il faudrait sauver, une histoire d’amour entre mensonge et vérité, entre secrets et révélations … une histoire de Bushmills pour les amateurs de douces ivresses.
L’occasion pour moi de réécrire ce verset des Ecritures, de la Genèse, des commencements …
« C’est pourquoi l’homme quitte son père et sa mère
et s’attache à sa femme
et ils deviennent une seule chair »
Il arrive parfois que le mariage célèbre cette union mais ce n’est jamais le mariage qui la crée. Il arrive parfois que cet « attachement » à l’autre se vit malgré, à côté, du mariage. On peut hurler à l’immoralité, à la tromperie … rien y fera … « ils deviennent une seule chair ». La morale, la famille, les institutions, la peur, pourraient bien tout faire pour séparer ce qui s’est lié : rien n’y fera et bien des histoires, bien des vies, nous le rappellerait …
On peut mourir d’un chagrin d’amour, on peut apprendre à vivre en aimant.
Revenons à cette nuit, à ce chalet, qui ont accueilli Pierre et sa belle fille Chloé, larguée par son mari … Larguée, car c’est bien ce que l’on est quand celui ou celle que nous aimons nous quitte pour une autre vie. Un temps et un lieu qui permettra, face à la déroute de Chloé, de dévoiler ce secret, cette histoire d’amour entre lui et Mathilde, une histoire d’amour venue se loger dans une vie d’homme marié, de père de famille, dans une vie bien remplie mais pas tout à fait.
Faut–il en dire plus pour vous donner envie de regarder ce film ? Plongez dans cette nuit, écoutez cette histoire, suivez Pierre dans cette histoire d’amour, l’histoire de sa vie, avec ce que cela a de plus palpitant, de plus déchirant, avec tout ce qu'il dit de cette histoire, avec ce qu’elle a de plus beau, de plus passionnant, avec tout ce que cela charrie de mensonges, d’arrangements, de fausses tendresses, de souffrances … Ce n’est pas une leçon de vie, une morale à tenir … C’est un bout de notre chair pris dans le feu de la vie, dans le feu de notre humanité.
Zabou Breitman, après Se souvenir des belles choses, L'homme de sa vie, prouve une nouvelle fois qu'elle est une grande réalisatrice. Elle nous offre de trés beaux films : de belles histoires qui tiennent la route, une technique accomplie, des images travaillées ... C'est un vrai bonheur !
12 mai 2009
Chemin de perfection
Dire ce que la perfection n’est pas est une chose. Il nous faut maintenant essayer de dire ce qu’elle est, sur quel chemin elle nous conduit. La perfection qui n’est plus un mirage inaccessible, ouvre la possibilité d’embrasser la vie et l’humanité telles qu’elles sont, telles qu’elles se donnent à nous et c’est une autre aventure aux mille perspectives.
Deux figures reviennent pour parler de la perfection : le fruit et le chemin. On entre dans une vision positive de la vie qui donne envie, envie de commencer, de risquer, d’oser, d’œuvrer, qui donne envie de réaliser, d’accomplir, de suivre enfin nos désirs, nos intuitions, d’accrocher notre volonté à notre désir et non le contraire. On nous a trop raconté que la perfection était de ne pas faire, de ne pas s’écouter, de ne pas jouir … Dans quel étau finit une telle vie ! Quel rétrécissement, quel assèchement de l’Evangile ! On nous a trop dit que la perfection était l’absence de péché alors qu’elle n’en est que l’humble reconnaissance, reconnaissance des imperfections pour nous remettre en route, pour poursuivre l’œuvre en cours malgré tout, par delà toutes les péripéties.
La perfection est fruit, c’est dire que la perfection est de l’ordre de l’accomplissement, de ce qui est arrivé à terme tel un enfant, une œuvre et bien d’autres occupations qui rythment nos vies, des activités qui possèdent des germes, des graines, d’autres fruits en puissance. C’est entendre cette énergie créatrice, élan de vie, qui vient de l’intérieur et qui prend forme pour peu que nous sachions y mettre les formes, prendre patience, se mettre à l’ouvrage, c’est dire aussi la grâce qui s’y révèle.
Que reste-t-il donc à parfaire ? Notre courbure. Je veux dire la courbure de l’homme vers …, vers l’autre, vers le prochain, une courbure qui n’est pas simplement un penchant. Une courbure arquée par l’amour seul. Tension des cieux pour une tension inverse en direction de la terre, pour renforcer l’énergie de nos flèches trempées dans une préparation chrismale de tendresse et d’affection, tension du regard sur … et de l’égard pour …, tension de la corde vitale sous la poigne du Christ pour dynamiser la vie d’ici-bas. Se laisser bander par le Christ, tendre les fibres du corps et du cœur pour atteindre la cible du tout proche.
Que reste-t-il donc à parfaire ? Notre capacité à se réunir en son Nom– non pour éviter le lot commun de toute humanité : la rame dans le monde- mais pour ramer ensemble, non sous les ordres d’un général et de ses capos qui donneraient le tempo et la direction mais pour ramer en frères, pour soigner, accompagner, soulager, partager, pour ne pas quitter le navire croyant en une vie autre, allégée du poids du monde, des autres, dégagée de tout brouillard sur l’horizon, libérée de toute galère … Même s’il est vrai que dans ce lot commun inhérent à l’homme demeurent trop de fardeaux que l’on pourrait s’épargner, jeter par-dessus bord, tant de fardeaux qui nous sont liés sur les épaules par transmissions abusives, par mécanismes à dévoiler et enrayer.
Que reste-t-il donc à parfaire ? L’amour. L’amour dans un monde en mal d’amour. Vaste programme à la charge de chacun mais à la charge légère et joyeuse.
11 mai 2009
La grâce de Dieu et la miséricorde de chacun
Jésus, au contraire, s’est mis en route et à commencer par aimer, aimer ses copains et aimer ceux que l’on laisse au bord du chemin, au coin de la place publique, au parvis du temple, aux portes de la ville : commencer à aimer, non ceux qui se croyaient les mains et le cœur purs, mais les pécheurs, tout ceux qui reconnaissent le péché en eux et qui ne s’en trouvent ni indemnes ni immunisés. Il est allé droit dans cette part de détresse, dans cette part d’humanité qui bégaie, qui hésite, qui blesse … droit dans ce mal du désir.
10 mai 2009
Sclérose ...
Le risque, on le comprend, est un risque de confusion, de sclérose, et c’est ce qui se produit. A l’époque de Jésus, les pharisiens étaient les représentants de ceux qui ont mélangé les esprits. Ils ont transformé et figé cette vision hautement symbolique du monde et de la vie humaine en axe morale, en axe de vie. Et quand ces notions de pur et d’impur se figent dans l’ordre religieux, social ou individuel, la vie devient intenable : ce qui était de l’ordre du fonctionnement symbolique devient un fonctionnement juridique aux règles impitoyables, aux condamnations infernales avec toujours plus de juges pour imposer de nouvelles règles, pour mieux juger sans doute …
Et l’on finit par croire et enseigner, proclamer, que le monde est ainsi, que suivre ces observances à la lettre est gage de salut, objet de mérites et de gloire … Et l’on finit par haïr ce qui est classifié dans le champ de l’impur, haïr celui ou celle qui tombe sous le coup de la loi, haïr la part de soi qui a failli, haïr sa propre personne.
Et l’on finit par croire que l’on peut rester sagement du côté de la pureté, se protégeant des souillures des autres et du monde maniant les cérémonies et les exclusions. C’est à cela que Jésus s’est coltiné, mais pas seulement, il a ouvert de nouvelles perspectives de salut.













